Le mouvement des indignés


    1,5 milliard d’euros de plomberie

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    Provencracie
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    Date d'inscription : 12/06/2011

    1,5 milliard d’euros de plomberie

    Message  Provencracie le Ven 16 Sep - 19:52

    1,5 milliard d’euros de plomberie



    Veolia, Suez, la Saur ne paieraient pas pour la remise en état du réseau
    français d'eau potable. Le député expert sur le sujet propose de faire
    payer les collectivités locales et les usagers. Rencontre autour d'une
    facture de 1,5 milliard.


    Le député le plus impliqué dans les affaires d’approvisionnement en eau, André Flajolet (UMP, Pas-de-Calais),
    voudrait faire payer les usagers et les collectivités locales pour
    remettre en état le réseau d’eau potable français. Ses défauts
    d’entretien laissent s’échapper dans la nature près de 22% d’eau. Le
    chantier est évalué à 1,5 milliard d’euros.

    Pour le financer, le parlementaire, rapporteur de la Loi sur l’eau de 2006 et président du Comité national de l’eau,
    privilégie l’émission de prêts à taux zéro via la Caisse des dépôts et
    consignation. Avec un remboursement à la charge des collectivités
    territoriales et des usagers, puisqu’une part de ce coût serait
    répercutée sur le prix au mètre cube. « 0,2 à 0,7 centime par mètre cube » nous précise André Flajolet. Mais rien à la charge de Veolia, Suez ou de la Saur.

    Le 6 juillet dernier, André Flajolet avait marqué les esprits en
    avançant ce prix de 1,5 milliard d’euros pour la rénovation des tuyaux,
    lors d’un point presse organisé par le syndicat professionnel Canalisateurs de France. Or, l’entretien et le renouvellement des canalisations, les usagers français l’ont déjà payé, même plusieurs fois.

    Entre 3 et 10 milliards d’euros de « négligences »


    Jusqu’à la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006, les
    opérateurs incluaient sur la facture une ligne dédiée à ce poste : les « provisions pour renouvellement »,
    des sommes retenues pour être employées à la rénovation des réseaux.
    Seulement voilà : les sommes auraient elles-mêmes fuité. Comme le
    révélait une enquête de Jean-Luc Touly et Roger Langlet parue en 2003,
    3 à 10 milliards d’euros de ces « provisions » ont ainsi rejoint en
    Irlande un véhicule financier commun aux deux géants du secteur (Suez,
    ex Lyonnaise, et Veolia, ex Générale des eaux) où ils ont fructifié à de
    bons taux.



    Une pratique rendue illégale par la loi de 2006, dont André Flajolet
    était rapporteur. Mais qui est pour bonne partie à l’origine des
    problèmes de canalisations aujourd’hui pointés par lui. Le député du
    Pas-de-Calais se défend cependant de vouloir exonérer les deux majors de
    leurs responsabilités :

    Les contrats de délégation qui ont été signés avant 2006
    ont donné lieu à des dérives or, à ce moment là, la loi n’avait pas de
    caractère contraignant. Mais, pour moi, s’il y a deux signatures en bas
    d’un contrat, les deux parties sont également responsables, en
    l’occurrence, les entreprises comme les délégataires (collectivités
    territoriales délégant le service public de l’eau, NdR). Il ne s’agit
    pas de passer l’éponge !
    Sauf que, curieusement, les géants de l’eau courante ont retenu leurs
    applaudissements à l’idée de ce plan. Directeur général adjoint de
    Veolia Eau, Marc Reneaume s’est vite défendu du « catastrophisme » des
    canalisateurs, assurant la qualité des installations. Une position
    qu’explique sans mal Gabriel Amard, élu de Viry-Châtillon, dont il a fait ramener la fourniture d’eau en régie publique :

    S’il y a autant de fuites, c’est parce que les
    délégataires n’ont pas fait leur travail ! Sur la communauté
    d’agglomération de Lens-Liévain, le taux de renouvellement déclaré par
    le délégataire, Veolia, est de 0,14% par an… Il faudra 700 ans pour
    renouveler le réseau intégralement ! Les tuyaux ont une espérance de vie
    de 100 ans, la moindre des choses serait de garantir 1% de
    renouvellement par an.
    De la buée sur les compteurs


    Soulevé par Canalisateurs de France, cet océan d’eau fuitée est en
    fait une aubaine économique pour les délégataires : chargés de
    l’acheminement de l’eau, la plupart sont également propriétaires des
    centres de « potabilisation » où l’eau profonde (des nappes phréatiques)
    ou superficielle (des cours d’eau) est filtrée et rendue consommable.
    Chaque goutte « potabilisée » est dûment facturée au consommateur au
    moment où elle entre dans le tuyau, qu’elle arrive au robinet… ou pas.
    Un supplément inodore et incolore car il est directement intégré dans le
    prix au mètre cube.

    L’estimation du syndicat des poseurs de tuyau est quant à elle juste…
    mais pas très précise. La faute, selon Emmanuel Poilane, directeur de
    la Fondation France Libertés, aux statistiques très incomplètes fournies
    par les agglomérations et les opérateurs :

    La fourchette des fuites et des investissements
    nécessaires est bonne… mais nous ne savons pas où il faut remplacer les
    tuyaux ! L’Observatoire national de l’eau, censé compiler les
    informations sur les prix, l’état des réseaux, etc. n’est pas rempli par
    les acteurs du secteur !
    Un épisode de plus dans la bataille qui oppose les canalisateurs et
    les grands opérateurs de l’eau mais qui tombe mal pour ces derniers.
    Entre 2012 et 2013, de nombreuses délégations de service public
    arriveront à leur terme, notamment dans de grandes villes de France
    (Bordeaux, Marseille, Montpellier, Nice). Deux années stratégiques qui
    pourraient voir des contrats à 8 zéros s’achever à cause d’une simple
    fuite.

    FlickR Jonah G.S. ; DaVa2010.




    auteur : Sylvain LAPOIX
    sources : http://owni.fr/2011/09/14/suez-plombier-veolia-eau-fuites-facture/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+Owni+%28Owni%29

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