Le mouvement des indignés


    Chantage à Washington - Serge Halimi.

    Partagez
    avatar
    Provencracie
    Dev
    Dev

    Messages : 1068
    Date d'inscription : 12/06/2011

    Chantage à Washington - Serge Halimi.

    Message  Provencracie le Mer 27 Juil - 21:16

    Chantage à Washington

    Relative à la réduction de la dette américaine, la querelle qui
    oppose le président Barack Obama et la majorité républicaine au Congrès
    dissimule l’essentiel : cédant au chantage de ses adversaires, M. Obama a
    concédé d’emblée que plus des trois quarts de l’effort budgétaire des
    dix prochaines années, soit 3 000 milliards de dollars, proviendraient
    de coupes dans les budgets sociaux. La droite américaine aurait pu se
    satisfaire de ce triomphe, mais elle veut toujours plus. Y compris quand
    son intransigeance risque d’entamer sa popularité.


    En décembre 2010, cédant une première fois à sa pression, le
    président des Etats-Unis avait prolongé de deux ans les baisses d’impôts
    très inégalitaires décidées par son prédécesseur George W. Bush. Quatre
    mois plus tard, parlant cette fois comme Ronald Reagan, M. Obama s’est
    réjoui de « la réduction annuelle des dépenses la plus importante de notre histoire ». Il a ensuite enchaîné les cycles de négociations avec les parlementaires républicains, annonçant : « Je suis prêt à me faire taper sur les doigts par mon parti pour arriver à un résultat. » Résultat : de nouveaux reculs de la Maison Blanche…


    La droite s’oppose à toute réduction de l’endettement qui passerait
    par un relèvement des impôts. Ce préalable pourrait sembler farfelu dans
    un pays où l’avalanche des privilèges fiscaux déversés sur les plus
    riches fait que le niveau global des prélèvements n’a jamais été aussi
    bas depuis cinquante ans. Mais, au-delà d’un entêtement à ne cibler que
    les dépenses, les républicains veulent en réalité « affamer la bête » — c’est-à-dire, pour reprendre l’expression d’un de leurs stratèges, « réduire la taille de l’Etat de façon à ce qu’on puisse ensuite le noyer dans une baignoire ».
    Or comment s’explique l’envol récent de la dette publique américaine ?
    D’abord par la crise économique, que la déréglementation financière des
    dernières décennies a largement provoquée. Ensuite, par la reconduction
    régulière des baisses d’impôts provisoires votées en
    2001 (2 000 milliards de dollars de manque à gagner). Enfin, par les
    guerres de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak
    (1 300 milliards de dollars). Le parti de Reagan et de M. Bush prétend
    néanmoins résoudre le problème de l’endettement en protégeant à la fois
    les plus riches, qu’il appelle les « créateurs d’emplois », et le budget du Pentagone, qui a augmenté (en termes réels) de 67 % en dix ans.


    Le 5 avril dernier, M. Paul Ryan, président de la commission
    budgétaire de la Chambre des représentants, a d’ailleurs détaillé les
    projets des républicains pour les décennies à venir. Son plan prévoit
    que les dépenses publiques, actuellement égales à 24 % du produit
    intérieur brut (PIB), n’atteindront plus que 14,75 % du PIB en 2050, le
    taux d’imposition maximal passant de 35 % à 25 % (niveau le plus bas
    depuis 1931). Toutes les niches fiscales des privilégiés seraient
    préservées, mais les remboursements de santé destinés aux personnes
    âgées et aux pauvres seraient gelés.


    Si M. Obama continue à esquiver ce combat-là, les missions sociales
    de l’Etat américain risquent bien de ressembler sous peu au cadavre dans
    la baignoire.

    Serge Halimi.



    sources : Le Monde Diplomatique
    aout 2011
    http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/HALIMI/20844

      La date/heure actuelle est Ven 23 Juin - 22:25