Le mouvement des indignés


    Les Indignés : et si on parlait du contenu ?

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    Provencracie
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    Messages : 1068
    Date d'inscription : 12/06/2011

    Les Indignés : et si on parlait du contenu ?

    Message  Provencracie le Jeu 16 Juin - 12:24

    Les Indignés : et si on parlait du contenu ?

    On sait qui ils sont : qui veut en être. On connaît leurs
    inspirations : la colère, les révolutions arabes, l’appel de Stéphane
    Hessel... Mais qu’en est-il du fond ? Heureuse coïncidence, ce mercredi
    soir ce tenait un débat entre Indignés : « Qu’est-ce qui nous rassemble,
    quels sont nos buts ».

    En avant propos, il faut décrire rapidement l'organisation du débat,
    tout à fait intéressante. Dans un premier temps, 25 personnes
    s’inscrivent pour un tour de parole. Chacun a ses 3 minutes. Des
    volontaires choisis en début de séance s’attachent à noter les thèmes
    principaux ainsi dégagés. Les tours de paroles plus thématisés
    reprennent ensuite. Malgré sa lenteur, le processus est efficace, chacun
    respectant la parole de l’autre, le débat avance réellement selon un
    principe que n’aurait pas renié Bourdieu qui soulignait la force de
    «l’intellectuel collectif ».

    • Ce que nous voulons…

    Comme le débat avait pour thème les objectifs du mouvement, nous nous
    attendions à une conséquente liste de revendications, et nous ne fûmes
    pas déçus. Sortie du bipartisme, augmentation des minimas sociaux et
    plafonnement des hauts revenus, casser le pouvoir des banques, renforcer
    les services publics, principalement de l’éducation et de la santé,
    réelle séparation des pouvoirs, sortir du nucléaire…
    Mais
    rapidement, une étonnante alchimie prend et deux lignes de forces se
    dessinent nettement. D’un côté, ceux qui veulent mettre de côté toutes
    les revendications trop concrètes, qui risquent d’être sources de
    division. Il faut selon eux se concentrer sur la démocratie réelle,
    c'est-à-dire se réapproprier le pouvoir. « Il faut avant tout
    reprendre le pouvoir, car n’avoir que des revendications, c’est déjà
    accorder à d’autres le pouvoir d’y remédier »
    synthétise l’un des intervenants.
    Un jeune homme, l’écharpe rouge au vent prend la parole ensuite : « Demander plus de démocratie, c’est bien gentil, mais il faut remettre le social au cœur de notre mobilisation, sinon on ne restera qu’entre petits bourgeois ». « Il faut foutre par terre le capitalisme » conclut un autre.
    Les débats peuvent donc se poursuivre autour de ces deux thèmes qui
    font consensus : comment renverser le capitalisme, et quelle démocratie
    veut-on.

    • Renverser le capitalisme.

    Le débat s’affine et les idées se révèlent solides. Premier
    consensus, il faut faire converger les luttes sociales. Une femme de
    ménage au chômage, venue de banlieue, s’exclame avec émotion « c’est l’égoïsme de nos luttes qui fait la force de ceux d’en face »,
    avant d’être chaleureusement applaudie. Elle raconte : « En 2005, pour
    les émeutes de banlieue, on était tous seuls. Les syndicats, les
    politiques n’étaient pas avec nous. Alors aujourd’hui je suis ici avec
    vous pour ne pas qu’on puisse dire qu’on n’était pas là. Mais en
    banlieue, on est le Lumpenprolétariat d’aujourd’hui ».
    Outre la
    convergence des luttes, deux idées avancées ont reçu une belle
    approbation. Sortir de la dictature de l’argent, dès l’échelle de
    l’individu, du consumérisme acharné, du tout jetable. Un autre Indigné
    rappelle l’importance de la télévision dans l’immobilité, la soumission
    des masses. Comme il faut faire sortir les gens dans la rue à l’heure de
    Plus Belle La Vie, la télévision est devenue un ennemi.

    • Quelle démocratie ?

    Le débat devient ici plus complexe. Deux points recueillent
    l’approbation générale : la révocabilité des élus, et l’importance de
    pouvoir prendre librement et directement la parole, comme ils sont en
    train de le faire. De là, il reste compliqué de monter un système, de se
    mettre d’accord sur quelques principes constitutionnels. Certains
    réclament des élections à la proportionnelle stricte, d’autres un tirage
    au sort. Des Espagnols rappellent leur révolution de 1936, comme bel
    exemple de démocratie directe dont il faudrait s’inspirer.
    Mais une chose est sûre, pour les Indignés, ils veulent plus de démocratie en politique comme en entreprise. Le pouvoir revient à ceux qui travaillent, français comme étrangers.
    Que soit utilisé le mot de coopérative ou d’autogestion, l’idée est
    bel-et-bien là. Et si on leur demande, à qui faut-il prendre le pouvoir,
    leur réponse est simple, l’ennemi identifié : à l’oligarchie
    financière. Ils tiennent les rênes du travail, mais aussi de la
    politique.
    Ils sont encore bien loin d’un programme politique clair avec
    propositions concrètes, ne parlons pas d’un projet constitutionnel, ou
    même simplement de la formation d’une structure politique à eux. Ils en
    ont conscience. Le débat tend pour l’instant à déconstruire, revenir à
    des fondamentaux pour se construire un socle commun. Les Indignés nous
    rappellent que la politique, c’est surtout et étymologiquement un vivre
    ensemble, dans la cité, et que cela passe avant tout par l’écoute et le
    respect de la parole d’autrui. Avant 2012, les nombreux candidats qui
    ambitionnent de « réenchanter la politique » devraient peut-être
    s’assoir quelques heures avec eux, et écouter.
    Pour aller plus loin :
    Des portraits de trois des Indignés ayant participé au débat : paroles d'Indignés de France
    Et aussi :
    Indignés de Paris : le melting pot
    indignés de france : témoignez

    Pierric Marissal


    sources : HUMANITE
    9 juin 2011
    http://www.humanite.fr/09_06_2011-les-indign%C3%A9s-et-si-parlait-du-contenu-473985

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